La Lucidité Tragique
La méditation de l'écrivain solitaire, le 3 juin 2026
Dans le grand silence des siècles, où les peuples se heurtent comme des vagues contre le roc du destin, l’homme de pensée ne choisit point un camp avec la fureur du partisan. Il contemple, il souffre, il nomme.
Laissez moi chanter la Mort de l’Homme dans sa différence et sa stoïque grandeur dans l’adversité, et non pas dans un souvenir travesti par la vérité pour flatter une colère, fût-elle légitime dans sa douleur, et Dieu sait qu’elle le serait. De mon regard fatiqué par les horreurs, j’ai vu dans cette terre étroite, promise et disputée, un théâtre exemplaire de la condition humaine :
l’illusion des certitudes,
la chaîne des fautes,
la pitié pour les innocents broyés,
et le silence obstiné du ciel.
La réalité de la Palestine n’est ni simple ni heureuse. Elle est tragique, chargée de sang des deux côtés du mur, elle est tissée d’espérances brisées et de refus répétés. Depuis les origines du sionisme moderne au XIXe siècle, des Juifs persécutés en Europe centrale cherchèrent refuge sur une terre où leur présence ancestrale comme d’autres nations, religieuse et historique était réelle, quoique minoritaire.
Dès 1894, Israël était évoqué, mais pas dans l’unanimité et surtout pas par Théodore Hertzl, père du Sionisme, qui trouva tout d’abord cette idée ridicule. On proposa l’Ouganda, mais là aussi, ce fut un refus d’envisager des juifs d’Europe Centrale bâtissant la nouvelle nation juive libre au coeur de l’Afrique Noire où pas la moindre trace de présence de la nation juive et de la culture ne furent présentes.
Les manigances des Rothchild s’arrangeaient des oppositions et des persécutions contre les juifs pour mener leurs projets à bien. La destruction de l’Empire russe et son pillage de ses richesses incommensurables, par la mise en place d’une autorité Bolchevik, car tous les anarchistes et les idéologues de ce qui deviendra le communisme étaient juifs et ne reconnaissait absolument pas en le tsar, sa filiation divine. Les éternelles persécutions, et les pogroms durant des siècles devaient prendre fin. Puis vint la Déclaration Balfour de 1917, alors que la Russie sombrait dévorée de l’intérieur, puis le mandat britannique en Palestine, après la Victoire D’Aquaba (1916-1918) contre les Turcs par T.E.Lawrence et l’alliance des tributs arabes, brisant l’armée ottomane et sa domination sur les pays arabes et la Palestine.
Ces changements brutaux accrurent l’immigration juive, mais surtout après la Shoah qui extermina six millions d’âmes. En 1947, l’ONU proposa un plan de partage :
un État juif sur environ 55 % du territoire (incluant des zones désertiques), un État arabe sur le reste, Jérusalem internationalisée.
Les dirigeants juifs acceptèrent la proposition.
Les dirigeants arabes et le Haut Comité arabe le rejetèrent, refusant tout État juif, quelle qu’en fût la taille en terre palestinienne.
Dès lors, la guerre civile éclata, suivie, le 15 mai 1948, par l’invasion de cinq armées arabes contre le jeune État d’Israël proclamé, mais surtout une riposte sanglante de la part de ce nouvel état hébreu. Ce que les Palestiniens nomment Naqba (la « catastrophe ») provoqua l’exode de 700 000 à 750 000 Arabes palestiniens – naquit dans le chaos de cette guerre qu’ils et leurs alliés avaient déclenchée pour empêcher la naissance d’Israël.
Des villages furent vidés par la peur,
par les combats,
parfois par des expulsions brutales (comme à Lydda).
Des massacres eurent lieu des deux côtés.
Mais la défaite arabe scella le terrible sort d’un peuple méprisé de tous côtés :
Israël survécut et s’agrandit ;
la Jordanie occupa la Cisjordanie,
l’Égypte et Gaza.
Aucun État palestinien ne vit le jour, car les vainqueurs arabes ne le voulurent point, trop divisé alors.
Symétriquement et trop souvent oubliée :
environ 850 000 Juifs furent expulsés ou contraints de fuir les pays arabes entre 1948 et les années 1970 – Irak, Égypte, Yémen, Libye, Syrie, etc. – perdant biens, citoyenneté, racines millénaires. Ils furent absorbés par Israël.
Les réfugiés palestiniens, eux, furent maintenus dans un statut bâtard et perpétuel par les pays arabes, instrumentalisés comme une arme politique plutôt que réinstallés.
Deux tragédies de réfugiés, un seul narré sans fin.
Nous pouvons méditer sur cette ironie amère : les survivants de la plus grande catastrophe juive de l’histoire, fuyant les camps nazis, trouvèrent une terre où leur présence même fut jugée insupportable par leurs voisins.
Ils furent « aussi terribles que leurs bourreaux » comparaison qui semble obscène, mais qui ne l’est pas. Ils livrèrent des guerres défensives pour exister, commettant comme tout peuple en guerre des actes condamnables.
Mais aujourd’hui nous pouvons comparer la Shoah industrielle à un conflit nationaliste, et ne plus nier le mal absolu.
Les décennies suivantes accentuèrent le drame.
Les Guerres de 1967 et 1973, avec les refus arabes répétés de la paix (Khartoum 1967 : « trois non »), intifadas, terrorisme. Israël construisit des colonies en territoires disputés, obstacle majeur.
Les Palestiniens, divisés, choisirent souvent la voie des armes et du rejet.
En 2000, Camp David : Ehoud Barak offrit un État ; Arafat refusa.
En 2005, Israël se retira unilatéralement de Gaza : le Hamas prit le pouvoir en 2007, transforma le territoire en base de roquettes, creusa des tunnels, détourna l’aide internationale vers des armes plutôt que vers le bien-être de sa population.
Le 7 octobre 2023, l’attaque barbare
– 1 200 morts, viols, enlèvements, massacres de civils – révéla la nature exterminatrice d’un groupe qui inscrit dans sa charte la destruction d’Israël.
La réponse israélienne à Gaza a causé un nombre tragique de victimes civiles palestiniennes –
des dizaines de milliers selon les sources, avec une souffrance immense,
des destructions massives,
une crise humanitaire.
Tout être humain doué de pitié le reconnaît et le déplore.
Mais la responsabilité première en incombe au Hamas,
qui combat depuis des zones civiles,
qui refuse les cessez-le-feu conditionnels,
qui utilise ses propres populations comme boucliers.
un cycle infernal où la haine nourrit la haine.
Où est la justice, demandiez-vous ?
Elle n’est point dans ce monde sublunaire : “le ciel est muet”, dirait Vigny.
Les peuples paient le prix de leurs chefs, de leurs mythes, de leurs refus.
Le Palestinien ordinaire paie cher la corruption de ses élites, le culte du martyre, le rejet du compromis.
L’Israélien paie le prix d’une existence assiégée, d’un voisinage qui n’accepte pas son droit à l’existence.
Deux peuples, deux souffrances, une terre trop petite pour tant de mémoire blessée.
La lucidité exige de dire :
ni « spoliation unilatérale depuis 1948 »
ni innocence totale d’un côté.
Il y eut des fautes arabes décisives en 1947-1948, des occasions manquées, un antisémitisme viscéral dans une partie du monde arabe qui précéda même le sionisme moderne.
Il y eut aussi l’arrogance coloniale,
l’expansionnisme israélien,
l’humiliation quotidienne.
La vérité blesse tous les camps.
La seule issue digne serait stoïque :
reconnaître le droit des deux peuples à une existence sûre et souveraine,
renoncer aux rêves d’éradication,
éduquer les jeunes à la paix et non à la gloire du sang.
Tant que le Hamas ou ses successeurs prôneront la destruction d’Israël, la guerre continuera.
Tant qu’Israël n’offrira point une perspective crédible aux Palestiniens modérés, la haine se perpétuera.
« Souffre et meurs sans parler » disait le Loup, mais l’homme, doué de raison, peut encore choisir de briser la chaîne.
La lucidité n’est point résignation ; elle est le premier pas hors de l’abîme.
Que les deux peuples, dans leur grandeur blessée, trouvent enfin la force de regarder la vérité en face, sans fard ni haine. Alors seulement, peut-être, la justice approchera, silencieuse et difficile, comme toute chose grande en ce bas monde.
Nous vivons une époque formi…Diable.
Philippe A. Jandrok


Ils ne sont pas au bout de leur peine 😭